Un site historique protégé et classé !  Le Parc de la Poudrerie est un espace forgé par 100 ans d'histoire industrielle mais néanmoins d'origine naturelle : la forêt de Bondy. En voici la suite.

1865 : la création de la poudrerie impériale de Sévran (1)

   

L'établissement poudrier qui allait devenir par la suite la poudrerie nationale de Sevran-Livry fut à l'origine un pur produit de la politique économique et industrielle activement menée par Napoléon III et ses ministres sous le Second Empire.

Voulant favoriser la production en France des poudres noires de mine destinées aux travaux publics et aux industries extractives ( la dynamite venait tout juste d'être inventée par Alfred Nobel en 1864 ), l'Empereur Napoléon III décide, par un décret impérial daté du 27 décembre 1865, qu'une nouvelle poudrerie sera créée afin de renforcer le potentiel industriel civil résultant de la partition du Service des Poudres et qu'elle sera implantée en région parisienne au nord de Paris, à Sèvran.


  1. (1) Selon l'Ingénieur Général des Poudres Louis Medard l'orthographe correcte de Sevran comportait un accent aigu sur l'e qui provenait de l'étymologie romaine Cevren et qui s'est perdu dans l'usage populaire.



1866-1867: la localisation de la poudrerie impériale de Sévran

   

Le choix impérial s'est porté sur Sévran pour cinq raisons au moins :

  1. proximité de Paris,

  2. terrains disponibles dans le Domaine de l'ancienne Forêt de Bondy,

  3. absence d'une population dense ( industrie dangereuse ),

  4. présence du canal de l'Ourcq capable de fournir la force motrice nécessaire,

  5. présence à Sévran d'une gare de chemin de fer.

Le Service des Manufactures de l'Etat se heurte très vite à une série de contestations diverses de la part de l'administration des Domaines. Il finit par renoncer au site de Rougemont pour s'installer à quelques lieues de là sur 22 hectares situés au lieu-dit « les Sablons de Livry », à cheval sur les communes de Sevran et de Livry (2).


  1. (2) 'où le nom de « poudrerie de Sevran-Livry » donné par la suite à la poudrerie, la localité de Sevran figurant la première parce que les bureaux de la poudrerie se trouvaient initialement sur la commune de Sevran.


 



1867-1868 : la conception de la poudrerie de Sévran par Maurouard


Les terrains seront assainis grâce au creusement de quatre mares et d'un réseau de fossés avec écoulements au canal de l'Ourcq, ainsi que par la plantation de nombreux arbres d'espèces diverses.

Ceux-ci serviront d'écran naturel entre les bâtiments poudriers, arrêtant ou freinant les projections de débris et le souffle aérien en cas d'explosion accidentelle. Des écrans artificiels constitués par des levées de terre que les Poudriers appellent des « merlons » viendront les renforcer. Les mares constitueront autant de réserves d'eau contre l'incendie. Aidé par le dessinateur Guiot, Maurouard dresse les plans et introduit le style architectural caractéristique des manufactures de tabac de l'époque.

Mais il abandonne la traditionnelle force hydraulique pour adopter celle de la machine à vapeur ! Heureusement un autre ingénieur français vient d'inventer la transmission à grande distance à l'aide de câbles d'acier torsadés et se déplaçant à grande vitesse : il s'agit de la « transmission télédynamique de Hirn ». Il suffira de placer la machine à vapeur dans un bâtiment situé au centre de la poudrerie et appelé la « centrale de la force motrice », puis de disposer les ateliers de fabrication en cercle autour de la centrale et de les relier par les câbles télédynamiques :

c'est « l'usine en éventail » de Maurouard !

 

1869-1871: la construction interrompue et la poudrerie parisienne  « Philippe Auguste »


La construction des bâtiments industriels, ainsi que celle des bureaux des casernement et des logements commencent à l'automne 1868. Tout est prêt - ou presque - lorsque la France déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Le désastre de Sedan entraîne le renversement de l'Empire le 4 septembre et la mise en place d'un gouvernement républicain qui décide de résister coûte que coûte à l'envahisseur : c'est le siège de Paris du 19 septembre 1870 au 28 janvier 1871. Maurouard est alors chargé d’installer, en moins d'un mois avenue Philippe Auguste, une poudrerie de construction légère qui emploie 300 ouvriers. La fabrication de la poudre à la force de la vapeur débute à la fin du mois de novembre 1870. Quand Paris tombe aux mains des Prussiens en janvier 1871 les Poudriers ont réussi à fabriquer 300 tonnes de poudre sans accident et ils ont encore de quoi en fabriquer autant !

Il faut noter que cet exploit a été rendu possible par le choix fait par Maurouard pour Sevran de la force motrice de la vapeur car il aurait été matériellement impossible de construire des moulins à poudre en bord de Seine dans un si court délai.





1872-1873: le démarrage de la poudrerie nationale de Sevran-Livry


Moyennant quelques travaux d'achèvement et de remise en état après un passage dévastateur des Prussiens, Maurouard peut enfin commencer la fabrication des poudres noires à Sevran avant la fin de 1873 étant entendu qu'on y fabriquera à la fois des poudres à usage civil et des poudres à usage militaire. La production commence en s'appuyant sur une douzaine d'ouvriers poudriers expérimentés venant de la poudrerie d'Esquerdes dans le Pas de Calais et qui servent d'instructeurs pour le personnel recruté sur place. C'est pour cette raison qu'aujourd'hui encore certaines familles sevranaises ou livryennes comptent un Artésien parmi leurs ancêtres !



1874-1884 : L'usine parallèle de Maurouard et les « poudres chocolat »

    

La poudrerie de Sevran-Livry à peine démarrée, le Ministère de la Guerre décide de doubler sa capacité. La poudrerie s'agrandit alors vers l'est, sur la commune de Villepinte et Maurouard conçoit une nouvelle usine. Il range les ateliers de fabrication suivant deux lignes parallèles, il place la centrale de force motrice au milieu de l'une de ces deux lignes et il distribue la force à l'aide d'une transmission télédynamique dont les câbles s'appuient sur de petits arcs de transmission. C'est « l'usine parallèle de Maurouard ». Dans les années 1880, la poudrerie nationale de Sevran devient la poudrerie-pilote du Service des Poudres et Salpêtres : c'est ici que l'on va dorénavant étudier et essayer les nouvelles poudres. C'est ainsi que se déroulent à Sevran de 1878 à 1882 des essais fort intéressants de mise au point d'une nouvelle variété de poudres noires : les « poudres prismatiques brunes », baptisées par les ouvriers poudres chocolat à cause de leur couleur. Mais ces poudres vont être vite éclipsées par les nouvelles  « poudres sans fumée ».


 

1914-1918 : La mobilisation industrielle et l'effort de guerre des Poudriers sevranais


À la fin du mois d'août 1914 la décision de démonter les machines est prise. La victoire de la Marne survenue le 10 septembre 1914 permet à la poudrerie de reprendre ses activités avant de les accroître considérablement. La poudrerie s'agrandit une fois encore vers l'est, la production passant rapidement à douze tonnes de poudres par jour. On y fabrique notamment une poudre sans fumée dite balistite inventée quelques temps plus tôt par Alfred Nobel. Les besoins considérables en poudres et explosifs font que l'effectif arrive au chiffre de 3 270 ouvriers encadrés par 20 ingénieurs et officiers et 71 agents de maîtrise.

En 1919, la poudrerie de Sevran-Livry reprend une vie normale et se consacre à la production de nouvelles poudres notamment à usage civil.



1937-1944: La mobilisation, l’occupation et la libération


L'évolution de la situation internationale conduit le Service des Poudres à intensifier ses fabrications à partir de 1937. La poudrerie de Sevran-Livry développe considérablement sa production de poudres pour armes automatiques et semi-automatique. Les conditions fixées par l'Armistice de juin 1940 ayant prévu que la poudrerie de Sevran-Livry resterait sous l'autorité française, une partie du personnel rejoint petit à petit Sevran et la fabrication de la poudre de chasse peut reprendre au début de 1941. Pendant ce temps les Allemands occupent la partie de l'emprise poudrière située au nord du canal et y installent une firme allemande, la « Firma Buck », qui s'y livre à des activités pyrotechniques militaires. Puis les autorités allemandes interdisent toute fabrication de poudre. Au début du mois de juillet 1944 les Poudriers sevranais réalisent une fabrication clandestine de pétards de destruction au profit des groupes de résistance. Le 26 août 1944 la poudrerie est libérée sous la conduite de l'Ingénieur en Chef Médard.



1945-1951 : Le redémarrage de la poudrerie


La production de poudres militaires et civiles est relancée à Sevran dès 1945. L'autopropulsion à poudre va devenir prépondérante à Sevran dans les années 50 en matière d'études, d'essais et de fabrication sous l'impulsion du Laboratoire de Balistique de Sevran créé dès 1945. On reconstitue les stocks en produisant jusqu'à 500 tonnes de poudres par an puis la production se stabilise autour de 400 tonnes. Et la poudrerie de Sevran-Livry se lance dans la fabrication et la vente des cartouches de chasse avec un succès retentissant : 400 000 cartouches vendues en 1947 contre 8 500 000 en 1951 ! La poudrerie de Sevran-Livry retrouve pendant ce temps son rôle de pilote dans le domaine des poudres B et sphériques. Le Laboratoire de la CSE reprend de son côté ses activités classiques en 1945. De retour de la poudrerie de Bergerac où il s'était replié et après avoir accouché du Laboratoire de Balistique, Louis Médard y dirige d'importants travaux de thermochimie. L'effectif de la poudrerie s'élève au 31 décembre 1951 à 658 personnes, toutes catégories confondues mais non compris les personnels du Laboratoire de la CSE et du Laboratoire de Balistique.





1968 - 1975 : La fermeture et le transfert des activités


Ayant signé le Traité de Rome en 1957 la France est tenue dix ans plus tard d'ouvrir ses frontières à ses partenaires de la CEE et de supprimer les monopoles. Le Gouvernement français décide d'aménager le monopole des poudres en le restreignant aux produits militaires. Cette réforme des poudres va consister pour l'essentiel à concentrer les fabrications dans un nombre restreint d'établissements, quatre au lieu de dix, et les études dans un établissement unique. Le plan de réforme poudrière prévoit que les personnels ouvriers pourront retrouver un emploi dans un des établissements conservés ou se faire licencier moyennant une indemnité ou bénéficier d'une retraite anticipée.

Parallèlement aux transferts d'activité vers d’autres poudreries s'opère la liquidation complète des installations industrielles : les appareillages qui n'ont pas été démontés pour réemploi ailleurs sont neutralisés et ferraillés tandis que la plupart des 350 bâtiments existants sont voués à la démolition. Seuls quelques bâtiments particulièrement intéressants sont sauvegardés, notamment les deux centrales de la force motrice de Maurouard et les petits arcs de transmission télédynamique de l'usine parallèle.

 
de la Poudrerie impériale à la Poudrerie nationale
l'histoire succinte...
1865 - 1973, 1 siècle d’activité humaine et industrielle
d’après un récit de René Amiable et Suzanne Herbin-Rigal ( 1993 )
De la Poudrerie au Parc public...